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Ressenti personnel du désastre de la Roya par un résident

Odyssée dans la Roya du 2 au 7 Octobre 2020

Photos d’Alain TAGLIAFERRI, texte de Jean-marc TAGLIAFERRI

mercredi 7 octobre 2020, par JMT

Suite à l’événement météorologique du vendredi 2 Octobre, l’électricité faisait défaut, et en même temps toutes télécommunications, vers 21h30 à Saint Dalmas de Tende (06430) où je réside avec ma mère dans une grande villa, rive gauche de la Roya dans ce qui est pour la Poste le "quartier Sainte-Anne", un hameau isolé de La Brigue accessible uniquement par un pont plus que centenaire sur la Roya, une belle arche en maçonnerie posée sur un énorme rocher et une culée réparée voilà quelques années, et affublé ensuite de parapets très minces en béton armé et, côté amont, d’une grille sur charnière, utilisée jusque dans les années 60 pour jeter "les ordures" à la rivière.

Les événements du vendredi 2 Octobre au soir à Saint-Dalmas-de-Tende

carte de Saint-Dalmas avec repère sur notre villa

Avant que tout se déclenche, j’étais allé vendredi 2 Octobre vers 17h00 au pont. La Roya avait une crue "normale" comme j’en ai déjà vu plusieurs, j’ai pris quelques mauvaises photos dont celle de l’aval du pont et une vidéo.

vidéo de notre pont le vendredi 2 octobre vers 17h00

Crue de la Roya au pont de la route de Terris le 2 Octobre 2020 à 17h00

Puis je suis remonté tranquillement chez moi, vu la marge qui restait sous le pont, le chenal secondaire n’étant de plus même pas en eau, nous avons mangé puis l’orage induisant des perturbations électriques j’ai dû réarmer au moins 4 fois l’un ou l’autre des deux disjoncteurs de la maison jusqu’à ce que l’électricité fasse défaut, et en même temps toutes les télécommunications.

J’habite, depuis que je suis à la retraite, avec ma mère qui est veuve depuis presque vingt ans, une grande villa rive gauche de la Roya (au milieu de la photo suivante)

le quartier Sainte-Anne

dans ce qui est pour la Poste le "quartier Sainte-Anne", pour les gens de Saint-Dalmas le "quartier Monaco" du nom de l’immeuble situé juste au dessus de nous par la même allée, où ma grand mère paternelle a passé les dernières 25 années de sa vie, un hameau isolé de La Brigue accessible uniquement par un pont plus que centenaire sur la Roya.

Vue aval Pont route de Terris à Saint Dalmas

C’était une belle arche en maçonnerie posée sur un énorme rocher et une culée réparée voilà quelques années, et affublé ensuite de parapets très minces en béton armé et, côté amont, d’une grille sur charnière, utilisée jusque dans les années 60 pour jeter "les ordures" à la rivière.

Vers 22h00, ma mère a constaté la disparition de l’eau aux robinets de notre maison dont le rez-de-chaussée se trouve environ 4 m plus haut que ne l’était la conduite. Je suis immédiatement descendu avec des seaux et une bassine et pendant une heure, j’ai recueilli, sous la gouttière qui débitait à moitié diamètre, avec une bassine qui recevait en quelques secondes le maximum qu’elle pouvait garder au moment de la retirer de sous la gouttière très proche du sol, plus de 50 litres d’eau.

J’avais aussi un parapluie à tenir coincé entre les deux murs pour ne pas être complètement trempé par cette pluie glaciale et une torche coincée entre mon genou et le mur pour m’y retrouver. A 23h la pluie a beaucoup faibli et tous mes récipients étaient pleins.

Pendant ce temps ma mère mettait une bassine sur notre terrasse, profonde de 20cm, le lendemain matin elle était pleine à ras, ce qui donne une idée de la violence de la pluie en deuxième partie de nuit. .

J’avais remarqué en début de soirée un véhicule garé près de l’allée en bordure de notre accès, sans savoir à qui elle était. On a téléphoné au voisin d’en dessous, Samy Maman, sans avoir de réponse. La réponse est arrivée peu après 22h00 par une dame affolée , suivie quelque temps après par un homme.

J’ai fini par comprendre (j’étais en train de remplir mes seaux :-) que c’étaient des amis de Samy qui étaient venus le ramener la veille d’une opération à une hernie discale, que Samy était dans "Les Lauriers Roses" en train d’essayer de bloquer la porte pour éviter que l’eau ne rentre en force. Une autre dame , la compagne de Samy est venue ensuite, tout aussi affolée et furieuse de l’entêtement de Samy.

D’autres voisins s’en sont mếlés et ce n’est que vers minuit que Samy a accepté de se mettre en sécurité. Nous avons invité la première dame et son mari à dormir à la maison mais ils ont refusé préférant rester dans les fauteuils du living éclairés par les chandelles (les lampes à pétrole ayant refusé tout service faute...de pétrole :-(, avec un plaid et des boissons.

Les événements du samedi 3 Octobre

J’ ai entendu le couple d’amis de Samy partir le samedi matin vers 7h30 , la pluie ayant cessé depuis un moment, j’ai vu les dégâts par la fenêtre du living (avec la chute des arbres du bord de la Roya, on voit très bien tout l’ancien camping désormais) et je suis allé me recoucher au chaud jusqu’à 9h00. Un pompier est arrivé à ce moment là, Olivier Denis, le fils d’un technicien de l’ONF avec qui j’avais fait mon stage en 1974. Il a vu qu’on avait ce qu’il fallait, il nous a interdit de sortir de la maison et nous a dit qu’il reviendrait.

Vers 10h00 après un copieux petit déjeuner froid, je suis descendu au sous-sol, j’ai exhumé un "camping-gaz" datant d’avant 1973 (car mon père s’en servait dans son camion en version chauffage) , laissé de côté la cuisinière et sa bouteille de gaz (datant d’avant notre emménagement dans la maison en Février 1992) , je l’ai monté, l’ai testé sur la terrasse, puis installé sur la plaque chauffante de la cuisine désormais sans énergie.

Puis je suis allé aux nouvelles, faire quelques photos voir le pont détruit et j’ai vu juste devant Samy, sa compagne, le couple d’amis, un autre voisin et un bénévole de la commune de Tende (on n’a toujours pas des nouvelles de la commune de La Brigue !!!) qui nous a laissé 4 bouteilles de 1L d’eau plate et 2 bouteilles d’eau gazeuse, italiennes.

Carrefour du pont de Terris samedi 3 octobre 2020 à 11h00

Après avoir préparé un repas et inauguré une méthode personnelle pour faire la vaisselle avec 8l d’eau de pluie (recyclée ensuite pour les WC), j’ai commencé à faire bouillir de l’eau pour la stériliser et la mettre en jerrycans en plastique dont nous avons depuis longtemps une certaine quantité dans la cave.

Constats des dégâts à Saint Dalmas

Notre quartier a déjà vécu un traumatisme depuis 2015, quand la commune de La Brigue, qui d’habitude nous oublie pour tout (l’eau venait via la conduite attachée à l’aval du pont depuis le réseau de la commune voisine), a enclenché la procédure d’expropriation, pour "risques de chutes de pierres", de 7 logements situés en aval, destinés à la démolition, ce qui a conduit à quelques drames humains (une copropriétaire âgée est même morte en Août 2019)

Suite à une gigantesque crue de la Roya, amplifiée par celle de la Levense son affluent rive gauche environ 100 m en amont du pont, la topographie du site du confluent a été sérieusement modifiée.

Confluent Roya-Levense vu du pont le 11 Mai 2020

Surgissant d’une suite de chutes continues d’environ 70 m de haut depuis le confluent du Rio Codé (avant guerre une minicentrale hydroélectrique , la "centralina", utilisait environ 40m de cette chute pour produire quelques centaines de kW au fil de l’eau), la Roya se divisait alors en deux, le cours principal d’une dizaine de m de large sur sa rive droite entre le parking du CAT "Le Prieuré" et une île

qui abritait à l’aval de très vieux arbres et un parcours de santé et à l’amont un restaurant extérieur avec sa cuisine-barbecue juste à la division des eaux) et un cours secondaire d’environ 2m coulant vers la Levense plus basse, là où elle venait tangenter l’île au bout d’une courbe.

Sous la force du débit, la Roya a ouvert une tranchée dans le lit secondaire qui s’est abaissé, mettant à sec progressivement l’ancien lit principal qui s’est rempli d’alluvions

et entraînant la ruine de la cuisine, du restaurant extérieur

du parcours de santé et des murets de l’île côté Levense, envoyant arbres, terre et pierres en aval.

Après l’ancien confluent , la surface hydraulique était suffisante grâce à l’effet canalisateur des 3 arches du pont ferroviaire, de la haute rive gauche et de l’endiguement en blocs cyclopéens du jeu de boule, aménagé dans la moitié amont de l’ancien camping.

Maintenant, le confluent entre Roya et Levense est devenu unique et a reculé de près de 50 mètres vers le nord-est.

Mais une fois l’île partiellement détruite, les eaux poussées par celles de la Levense ont attaqué le talus rive droite, qui s’est éboulé entraînant avec lui de très hauts et fragiles peupliers et la moitié du terrain en largeur, correspondant en fait à tout le lit majeur de la rivière matérialisé par le chenal rive droite entre le gros rocher et le début de la route.

L’ensemble des arbres a dû se mettre au moins partiellement en travers, le niveau a monté, dépassant la route rive gauche , puis atteignant la grille et coulant donc sur le pont qui a finit par céder :

l’arche rive droite est partie

et la moitié droite du pont principal s’est arrachée de l’arche en pierre sèche qui a tenu, mais la conduite d’eau est partie avec.

Rive droite l’eau a emporté le jardin de la maison juste à l’aval et creusé sous le coin du sous sol sur plusieurs mètres.

Quand on regarde le lit à l’aval de l’ancien pont jusqu’aux rapides suivants, il a doublé de largeur, les murs de soutènement et de clôture des jardins aménagés dans le lit majeur depuis au moins 1954 (date de la dernière grande crue qui obligea mon grand père maternel à faire construire un mur en béton et à remblayer le jardin de l’immeuble qu’il possédait au bas des rapides et où notre famille a vécu de 1947 à 1992) ont disparu.

Rive gauche, l’eau est montée sur la "route de Terris" un autre hameau de la Brigue situé à près de 5km en aval et en hauteur dans un petit affluent de la Roya. Elle a dégradé puis détruit cette route jusqu’au rapide près du transformateur électrique. Au passage elle a inondé presque jusqu’au plafond "Les lauriers roses" maison de notre voisin immédiat Samy Maman

Plus en aval , elle a complètement détruit, ce qui donne une idée de la hauteur de la crue, la maison de notre amie Simone Fontbonne qui faisait partie des expropriables mais était en contentieux avec l’Etat à ce sujet.

D’autres maisons en aval ont été démolies, dont celle d’un des pompiers qui est venu nous voir ce mercredi.

Plus bas une maison a été emportée au bas des rapides juste avant le viaduc ferroviaire.

En aval du confluent de la Béonia, après le barrage de captage de l’eau pour la centrale de Paganin, la Roya a détruit le parking EDF sa tour métallique et sa passerelle à 15m de hauteur (là on peut rigoler, car il y a d’anciens logements ouvriers avec un parking qui aurait pu servir sans privatiser cet espace , mais comme chez nous EDF s’arroge tous les droits et aucun devoir...).
Enfin quelques mètres plus loin, la moitié de la route a été emportée sur une centaine de mètres.

Car Saint Dalmas est un double confluent : la Roya (Roia pour les italiens et localement) environ 120 km2) y reçoit la Levense (Levensa, environ 70 km2) et la Beonia (Bieugne pour l’IGN , Bionia pour les italiens, environ 68km2 mais à bien plus haute altitude moyenne, le vrai château d’eau de la Roya) . En aval quelques vallons totalisent 9km2

Or la Beonia y est allée elle aussi de ses caprices malgré la présence de nombreux lacs qui sont toutefois insuffisants pour les museler. Parmi les dégâts :
* des maisons touchées à l’entrée ouest de Saint-Dalmas,
* le talus de l’ancienne usine chimique érodé,
* le déversement sur le pont ferroviaire


Photo prise le 6 Octobre 2020

* l’inondation du stade dont un mur de soutènement a lâché détruisant la mare et la maison de l’ancien colonel de la BA 942 de Roquebrune
* la destruction de la moitié du cimetière dont les fondations ont lâché, emportant un nombre estimé à 150 cercueils dont dans ma famille paternelle : mon père, ma grand-mère, une tante et son mari, un oncle, sa femme et son fils, un fils naturel d’un oncle,

* l’engouffrement de l’eau dans le tunnel ferroviaire rive droite au tracé en demi-cercle, dont la pente descendante a rejeté l’eau sur le pont situé également sur la Béonia au lieu dit Gaudarena, en emportant le ballast et une partie des rails,
* le débordement rive gauche à travers les "Silices de la Roya" dont tous les matériaux et matériels ont été chassés vers la RD6204 détruisant le revêtement et la conduite d’eau et polluant quelques riverains
* la semi-destruction du bar-restaurant-jeu de boules-chambres d’hôtes "Le Papagallo"
* l’inondation de la cité EDF (on est prié de ne pas rire, notre femme de ménage Mireille, épouse d’un cadre de la centrale y habite et a fui en voiture quand le niveau d’eau a atteint 10cm sur le route)
* des dégâts aux maisons du confluent

La randonnée de mon frère Alain Tagliaferri le dimanche 4 Octobre 2020

Du fait de la coupure totale des réseaux de télécommunications dès le vendredi 2 Octobre à 21h30, mon frère qui avait suivi les événements par les réseaux sociaux a sauté dans sa voiture le samedi matin 3 Octobre 2020 depuis Rognac, près de l’Etang de Berre où il habite.

Trois heures plus tard, il ne pouvait pas passer par Vintimille, donc il a pris la "pénétrante" pour Sospel (nom pompeux pour une départementale etroite tortueuse et pentue utilisant un ancien tunnel de tramway du XIXè doublé il y a quelques années.).

La route via Olivetta était coupée à Piène Basse donc infranchissable. Il restait donc le col de Brouis pour gagner Breil (660m de montée en lacets, 700m de descente idem. Au col, la piste de la Maglia et du Cayros était également coupée dès le vendredi après-midi. Ne restait donc que la descente sur Breil où le ruissellement sur les pentes avait provoqué de nombreuses coulées de boue mais le passage était ouvert et les premiers engins étaient à l’oeuvre.

A Breil désolation totale au centre ville et autour du lac, mais aussi depuis La Giandola avec destruction de deux ponts, du dépôt d’un carrossier, du stade, destruction partielle d’un hôtel, piscine envahie par la boue.

Quid des deux tunnels anti-crues juste au dessous capables théoriquement d’évacuer 650 m3/s (en plus des 250 m3/s du barrage) ? Ce sera sans doute une question cruciale dans les mois à venir....

Pour poursuivre le chemin, la seule voie possible était la voie ferrée puisque la RD6204 était coupée en de multiples endroits jusqu’à Fontan. Mon frère est donc retourné dormir à Sospel où l’événement avait laissé peu de traces et où tout fonctionnait

C’est donc équipé de solides chaussures, d’un gros sac à dos avec du matériel de premier secours et de son smartphone (sans réseau) que le dimanche à 9h30 mon frère laissait sa voiture à la gare de Breil et partait en marchant sur le ballast le long de la voie qui monte en pente douce (environ 2%) jusqu’à la gare de Fontan Saorge.

Au passage il a pu photographier :

* le pont entre les deux tunnels routiers de la RD 6204 sous Saorge, recouvert par la crue

*le carrefour de l’entrée sud-est de Saorge avec l’ancien pont au tablier emporté (on est aussi sans nouvelle d’Alice, notre radar favori ,qui se baladait entre ce carrefour et le virage de la centrale de Paganin chaque semaine :-)

* l’effondrement de la route dans la gorge sous le viaduc ferroviaire

* les dégâts à Ambo tant l’effondrement du pont sur la Roya,

que l’effondrement de la rive droite sous la zone industrielle

Il a quitté la voie ferrée pour prendre un raccourci routier, tout aussi pédestre mais plus confortable pour les pieds, en descendant de la gare Fontan-Saorge à Fontan et a pu constater que le pont sur la Roya est encore debout puisqu’il photographie la Roya de sur ce pont, avec les ruines du captage d’un des canaux d’irrigation.

Un peu plus loin sur la RD6204, à travers des jardins emportés il a eu une vue imprenable sur la centrale EDF envahie par l’eau, la boue et les blocs charriés par la rivière qui ont bouché l’exutoire

Un peu plus en amont encore, le terrain de camping a été dévasté et apparemment près du Château Caussègue, la route a sauté au confluent de la Ceva.

Empruntant la route de Berghe , il a pu constater que le pont sur la Ceva qui se jette dans la Roya au château Caussègue

avait subi quelques dégâts déjà en train d’être réparés

Cette route qui dessert les deux hameaux de Berghe Inférieur et Berghe Supérieur croise la voie ferrée rive droite après le tunnel hélicoïdal de Berghe partant du viaduc de Scarassoui,

il est arrivé au pont du croisement. Faute de réseau , il n’a pas pu vérifier les dires d’un indigène Fontanais qui lui a indiqué de "prendre la voie vers la gauche"....(encore un qui ne sait pas différencier les deux ?).

Quoi qu’il en soit, mon frère a donc descendu les 1800m de ce tunnel et s’est retrouvé un peu dépité sur le viaduc de Scarassoui qui le ramenait vers l’autre rive et Fontan. Il en a profité pour faire des photos depuis le viaduc des nombreux emplacements où la route s’est effondrée que ce soit en amont :

ou qu’en aval :

j’ai d’ailleurs transmis ces photos à l’association REN pour qu’elle répercute à la préfecture et au tribunal administratif qui n’ont pas retenu notre argument du danger excessif d’ouvrir, sur cette piste caravanière à peine tartinée de bitume, à la circulation des camions de 44T qui est un des gros arguments économiques et techniques du doublement du tunnel routier de Tende.

Photos faites, il a dû se retaper la montée du même tunnel, et continuer de tunnel en ponceau jusqu’au tunnel de Paganin (1700m) .

Une piste de chantier utilisée en 2018-2019 lors des 10 mois d’interruption de trafic pour "réparation" (qui a oublié le tunnel de Paganin toujours à 10km/h , vive la SNCF, nouveau Gribouille !), établie à la place d’un ancien "casello" (logement jusqu’à la 2ème guerre mondiale fourni par les chemins de fer italiens pour des familles assurant la garde et l’entretien quotidien des tunnels, ponts et passages à niveau) où un de mes oncles paternel a habité.

Là il a pu reprendre la RD6204, à moitié effondrée

avant la centrale hydroélectrique de Saint Dalmas qui a perdu son parking privatif, sa tour et sa passerelle

arriver à l’entrée du village

et rejoindre le pont de la Béonia, ayant son revêtement abîmé mais toujours debout, contrairement à la crue de 1994

Sur ce pont, il a rencontré une de nos conseillères départementales, ex conseillère municipale de Tende pendant 2 décennies et amie de la famille, madame Valérie Tomasini, qui venait s’enquérir de la situation des habitants. Mon frère a su par elle que nous étions vivants , à l’abri et pas évacués mais que notre pont était coupé. L’électricité était revenue, les réseaux Bouygues et SFR (pompiers) aussi mais son abonnement Free, les mobiles orange et les fixes étaient toujours inaccessibles.

Du pont vue imprenable en aval sur le confluent entre Roya et Béonia

et en amont sur le lit de la Béonia qui a emporté la piste menant aux terrains situés au dessus

Il a repris son chemin, est passé devant les ruines des Silices,

et a pu constater la violence du passage de l’eau de la Béonia sur la route

et sous le pont ferroviaire intermédiaire

Un peu plus haut, il a pu photographier la maison Fontbonne entièrement détruite. Il a découvert une nouvelle perspective très "dégagée" du grand viaduc ferroviaire en sortie est de la gare de Saint-Dalmas.

Il est monté par la route de la Châtaigneraie , et a pu voir au passage l’état de la RD
sur laquelle la source du pont de la Brigue a débordé en envoyant des flots de boue.

jusqu’à l’ancienne colonie SNCF, est passé sur le viaduc ferroviaire de la gare ,

a trouvé une draisine abandonnée en pleine voie

a pris quelques photos du désastre de notre quartier, est descendu par le sentier puis l’escalier et quelques minutes plus tard en passant par le jardin arrivait enfin à bon port, à 17h30, après 8h00 de trajet cahotique avec ses 15kg sur le dos..

A Saint-Dalmas, l’électricité et la 2G Bouygues sont revenus vers 10h30. Cela nous a permis de remettre en service la plaque chauffante et de donner quelques coups de fil à la famille et de nous inquiéter quand ma belle-soeur et sa fille nous ont appris qu’Alain était parti le matin même de Breil

Les événements du lundi 5 Octobre

Après une grasse matinée pour se remettre des fatigues de la veille, nous avons eu le passage d’Evelyne Dardanelli , sur le pont depuis vendredi soir au point d’accueil créé près du collège, chargée par la mairie de Tende (toujours rien de La Brigue, on ne disait rien car on croyait la route totalement coupée, mais notre femme de ménage dont le boulot principal est à La Brigue a pu y aller avec .... son vélo électrique) de nous livrer deux baguettes de pain (le boulanger de Saint Dalmas, le seul à avoir de l’eau et de l’électricité depuis la veille, venait d’être réquisitionné par le maire de Tende) et de nous donner quelques nouvelles (la tête de ma mère quand elle lui a déballé tout à trac que le cimetière était dévasté !!! pas glop, mon frère me l’avait dit mais on avait décidé de ne pas lui ajouter ce choc supplémentaire).

Avec mon frère

nous avons fait une expédition, avec nos sacs à dos, par l’escalier, le chemin de chèvres et le viaduc ferroviaire sur lequel la draisine légère traînait encore sur la voie , pour aller voir à Saint Dalmas ce qu’on pouvait trouver.

La boucherie-épicerie a ouvert exprès pour nous en ce lundi matin où elle est normalement fermée (ce sont des amis) pour récupérer une bonne provision de fruits et un gros plat de raviolis en sauce. Plus d’eau, toute vendue les samedis et dimanche.

Nous sommes donc allés au Prieuré où se trouvait le centre provisoire de secours. On ne peut pas dire que l’accueil fut très chaleureux, les pompiers présents semblant occupés exclusivement à téléphoner, monter et descendre de bagnole et éventuellement à aller manger puisqu’il était déjà midi. On a vu le capitaine (que ma mère a eu comme élève) qui vient d’habitude vendre ses calendriers, il n’a pas moufté, perdu dans ses pensées.

Soit-disant, on devait nous apporter de l’eau, ce dont je doutais puisqu’on avait rencontré sur le viaduc ferroviaire le pompier et ses deux packs de 6 pour tout le quartier Sainte-Anne, et qu’on lui avait dit où on allait. Mon frère voulait partir, mais j’ai insisté sans rien dire, planté devant la porte qu’on nous avait fermée au nez sans réponse, jusqu’à ce qu’une dame s’enquière de la situation et nous donne royalement 3 bouteilles d’eau pour trois.

En repartant, mon frère a rempli deux jerrycans de 5 l d’eau à la fontaine voisine, qui coulait plutôt brune. Mais 300 m plus loin, juste avant la gare, une autre fontaine coulait claire, donc on a vidé les jerrycans, on les a lavés et remplis à nouveau. Un habitant du haut du village côté gare, est juste arrivé avec son gros 4*4 récupérer quelques bidons d’eau. Retour à la maison, pas plus de bouteilles d’eau livrées que de beurre en branche :-)

Donc l’après-midi nous sommes partis avec une grosse brouette, un jerrycan de 20l ayant contenu il y a 25ans de l’Ajax ammoniaqué, et deux enveloppes de cubitainer de 20 litres, un seau, une corde pour tenter d’aller puiser de l’eau à la Roya.

Pendant que nous cherchions un point commode pour lancer le seau dans cette eau boueuse, Samy est sorti et nous a proposé de puiser dans les 25 m3 de sa piscine,rechargée par les 50cm d’eau tombée dans la nuit de vendredi à samedi. Ce que nous avons fait en discutant avec lui. Puis nous avons rapporté les jerrycans à l’arrière de la maison sur un muret de soutènement pour pouvoir commodément venir puiser de l’eau. L’organisation pour durer se mettait en place. Alain projetait de s’en retourner chez lui le mercredi en refaisant sa randonnée en sens inverse mais sans les 15kg de charge et tout en descente.

Les événements du mardi 6 Octobre

Le matin, Nicolas Denis le pompier du samedi est revenu nous apporter UNE petite baguette de pain et proposer à maman d’être évacuée. Elle n’était pas chaude d’abandonner ainsi sa maison, sans que personne ne puisse s’en occuper en son absence.

On nous a laissé jusqu’à 15h pour répondre. Nous avons, mon frère et moi fini par la convaincre, surtout que tout de suite mon frère a dit qu’on irait chez lui à Rognac. On a donc passé le reste de la journée à se préparer, et à préparer la fermeture de la maison, le départ étant prévu pour le mercredi à 8h30

Les événements du mercredi 7 Octobre

Levé à 6h30, les bagages étant censés être prêts depuis la veille mais il faut les fermer et recaser les excédents et les oublis. . Bon petit déjeuner, débranchement de tous les appareils électriques sauf le réfrigérateur et le congélateur, vérification que les robinets d’eau sont bien fermés, fermeture de tous les volets , débranchement de la batterie de la voiture, réglage du chauffage sur 12°C pour quand le froid viendra, vidange du seau à compost sur le tas et vidange des produits frais du réfrigérateurs pour les apporter au voisin d’en dessous qui reste et à qui on laisse la clé, avec la consigne de se servir dans les congélateurs.

Puis l’escouade de pompiers est arrivée. deux d’entre eux ont pris ma mère par les bras et l’on faite marcher cahin-caha les 50m qui séparent la porte nord de la maison de la fin de l’allée tout près de l’escalier montant au viaduc ferroviaire. Là ils l’ont étendue sur la barquette, l’ont ficelée, ont mis près d’elle ses bagages légers, ont pris ma valise puis 6 d’entre eux puis un septième ont pris en main la barquette et ont fait l’escalade en quelques minutes.

En haut, ils ont permuté leurs places pour soulager leur bras

et l’ont portée encore

jusqu’à la DZ (zone aménagée pour l’atterrissage des hélicoptères) où elle a été extraite de son cocon

un peu après le bout du viaduc . Là une camionnette nous a transférés jusqu’au Prieuré, où un centre de secours a été aménagé

dans l’attente d’un hélicoptère. Il était à peine 9h. Nous avons retrouvé Mireille, venue donner un coup de main

Bonne nouvelle, les hélicoptères de Force06 font des rotations depuis Breil où mon frère a laissé sa voiture, on n’aura donc pas à aller jusqu’à Nice comme on nous l’avait indiqué avec obligation de revenir en train chercher la voiture à Breil .

A 9h30 on remonte en voiture et on revient à la DZ. Me voici avec ma mère et nos masques, gestes barrière obligent !

Deux hélicos se posent et repartent. Mon frère monte dans le 3ème

avec tous les bagages car il n’y a que 2 places. Il va pouvoir faire une vidéo et des photos aériennes.


Gare de Fontan-Saorge


Quartier Ambo


Pont d’Ambo effondré vu d’aval

Mais 5 min plus tard un autre hélico jaune et rouge arrive. Nous hissons difficilement maman sur la banquette latérale étroite et sous un plafond très bas et nous embarquons un autre évacué, Luc, qui habitait dans la vallée de la Béonia une maison devenue inhabitable. Il est originaire de Berre, à 5 km de Rognac où nous allons.

Depuis que nous sommes arrivés à la DZ nous sommes en moins de vingt minutes le 5è hélico. Notre pilote pousse les gaz, la turbine hurle, le rotor accélère, l’hélico se soulève de quelques décimètres puis se repose rapidement..... Panne ? heureusement non, c’est le contrôleur au sol qui a interdit le décollage , un autre hélicoptère étant dans la ligne d’envol.

Nous partons enfin avec un décollage franc, une grande courbe qui finit au dessus de la centrale électrique qui du coup nous a semblé pencher vers le fleuve (illusion d’optique, à travers la vitre arrière elle est toujours droite :-) puis c’est la descente en ligne droite vers Breil 400m plus bas et 15 km plus loin.

Alain filme l’atterrissage et notre sortie de l’hélico, surtout notre mère qui n’a pas échappé aux envoyés spéciaux des médias.

La DZ de Breil se trouve derrière les voies de la gare, circulées par les TER. Il y a énormément de monde, des pompiers de tout le département, des bénévoles de Breil et d’ailleurs.

L’une des rames a été transformée , en enlevant des sièges, en "TER Fret" pour convoyer 6 tonnes à chaque voyage, couplée à une rame normale de voyageurs.

Un van de la Croix Rouge Monégasque, piloté par une bénévole, nous emporte avec les bagages pour faire le petit km qui nous sépare de l’autre côté de la gare, où se trouve la voiture d’Alain.

Le Land-Rover Discovery de mon frère, bien que contenant encore une bouteille de gaz modèle normal, 25kg, accepte tous nos bagages. Il est à peine 10h30 et nous quittons la gare de Breil. Dans la montée vers le col de Brouis, un camion militaire attend pour évacuer des déblais extraits d’un ruisseau par un gros chargeur.

Nous redémarrons derrière lui, puis nous le dépassons dans une rampe. Il fait frais , le soleil brille, la route enroule ses lacets, Sospel apparaît tout en bas au croisement de plusieurs vallées. C’est maintenant une petite ville deux fois plus grosse que Tende ou Breil, et une cité dortoir pour les entreprises de la Riviera française (celles de Menton, Roquebrune et aussi de la Principauté de Monaco qui étend partout ses pseudopodes) mais aussi un lieu de retraite très agréable, à quelques minutes de l’autoroute pour s’échapper et avec un train encore acceptable vers Nice.

Nous décidons de faire une halte restauratrice car le petit déjeuner de 7h est loin. Près de la fontaine-abreuvoir nous trouvons un charmant restaurant dont nous sommes les seuls clients à l’intérieur et la planche de charcuterie (pour mon frère)

et les gnocchis (à la sauce délicieusement pimentée) avec des "perugine" (saucisses) pour les trois autres

sont un vrai réconfort , surtout pour maman qui s’endormira dès l’autoroute atteinte. A seize heures, après avoir déposé Luc chez lui à Berre, nous arrivons à Rognac. Fin de cette odyssée !

Photos recueillies d’autres sources sur d’autres lieux dévastés

Col de Tende

Ce Grand Projet Inutile Imposé a démontré ses limites : à force de bricoler, un jour la nature se venge. Ce n’est pas demain la veille qu’on va y recirculer avec un virage emporté sur une grande hauteur

et un viaduc illégal, construit au mépris du cahier des charges, heureusement emporté avant d’avoir pu tuer des automobilistes !

La préfecture devra se justifier, ainsi que le tribunal administratif d’ailleurs, d’avoir balayé avec mépris les recours de l’association REN contre ce projet parti en vrille dès le début.

En attendant, heureusement qu’il existe un bon vieux tunnel ferroviaire avec possibilité si besoin de mettre deux voies jusqu’à Limone, et d’électrifier pour que des navettes assurent la traversée vers Limone ou vers Cuneo.

La Brigue

Le Rio Secco a encore sévi :

Pont et HLM

Pont de la place du Rattachement

Véhicule emporté par le RIo Secco

Tronçon du Rio Secco entre le Pont du Rattachement et la Place de Nice

VIDEOS

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La frontière est au milieu du tunnel ferroviaire mais à plus de 4km et il aurait été intéressant de voir le vallon de Caramagne et surtout les vallons de la Ca et de Canelle qui ont détruit les ouvrages anciens et neuf à la tête sud des tunnels routiers du col de Tende

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et bonus sur un ouvrage qui n’a pas souffert, le complexe Luigi EInaudi (STEP d’Entracque, sur le Gesso dans lequel se jette la Vermenagna à Roccavione) :

* Storia di una diga – Superquark 21/08/2019
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